Pendant longtemps, mon fonctionnement a été simple.
J’avais une idée.
Je voulais la réaliser.
Je regardais mon compte bancaire.
Puis j’apprenais à faire quelque chose moi-même.
C’est une méthode extrêmement efficace pour développer des compétences.
Elle possède également quelques limites.
On ne peut pas devenir simultanément autrice, illustratrice, graphiste, maquettiste, correctrice, photographe, développeuse web, attachée de presse, spécialiste des réseaux sociaux, imprimeuse, logisticienne et héritière secrète d’une fortune permettant de financer tout cela.
J’ai vérifié.
C’est agaçant.
Alors, pour le prochain chapitre de Tellus, j’ai envie d’essayer une autre méthode.
Construire le projet avec ceux qui ont envie de le voir exister.
C’est là qu’entre Ulule.
Pourquoi une campagne de financement participatif ?
Pas pour demander aux gens de « sauver » Tellus.
Il n’y a rien à sauver.
Je continuerai d’écrire.
Avec beaucoup d’entêtement et probablement trop de café, mais j’écrirai.
L’enjeu est différent.
Je veux donner au Tome 2 davantage de moyens que ceux dont j’ai disposé pour les différentes vies du Tome 1.
Cela peut signifier financer des interventions professionnelles.
Une création visuelle plus ambitieuse.
Une couverture illustrée dans de meilleures conditions.
Des éléments éditoriaux supplémentaires.
Des contreparties physiques.
Une fabrication particulière selon ce qui sera retenu.
Bref : ne plus seulement chercher comment faire au moins cher, mais réfléchir à ce que le livre pourrait devenir si son budget n’était pas systématiquement le premier mur rencontré.
« Pourquoi ne pas payer tout cela toi-même ? »
Question parfaitement légitime.
Réponse incroyablement complexe :
Parce que je ne suis pas riche.
Voilà.
Nous pouvons passer à la suite.
Plus sérieusement, un livre indépendant possède une économie particulière.
Chaque prestation professionnelle représente un investissement avant même que l’on sache combien d’exemplaires seront vendus.
Illustration.
Correction.
Maquette.
Impression.
Communication.
Objets éventuels.
Expédition.
Les sommes s’additionnent très rapidement.
Et contrairement à l’image assez romantique que l’on peut avoir, l’auteur ne touche pas le prix de vente intégral d’un livre dans sa poche.
Il existe des coûts.
Des commissions.
Des frais.
Et de très nombreuses petites lignes qui ont une passion commune : diminuer ce qui reste à la fin.
Le financement participatif permet de renverser partiellement cette logique.
Au lieu de produire seul en espérant vendre ensuite suffisamment pour couvrir les dépenses, on vérifie d’abord si une communauté souhaite soutenir le projet.
C’est plus sain.
Et beaucoup plus transparent.
Ulule ne doit pas devenir une cagnotte
C’est un point important pour moi.
Je ne veux pas construire une campagne basée sur :
« Bonjour, j’écris un livre, donnez-moi de l’argent. »
Le financement participatif doit proposer quelque chose.
Une édition.
Une expérience.
Des contreparties intéressantes.
Un projet clair.
Un budget compréhensible.
Et une vraie raison de participer maintenant plutôt que d’attendre simplement la sortie du livre.
C’est précisément pour cela que je ne veux pas improviser cette campagne en quinze jours.
Je préfère la préparer.
Réfléchir aux paliers.
Aux coûts réels.
Aux quantités.
Aux frais d’expédition.
À ce que je peux produire moi-même raisonnablement.
Et surtout à ce que je ne dois absolument pas promettre sous peine de finir enfermée chez moi pendant quatre mois à fabriquer manuellement trois cent cinquante objets que j’aurais eu la brillante idée de proposer à cinq euros.
Le financement participatif récompense l’enthousiasme.
Il punit très sévèrement les mauvaises feuilles Excel.
Pourquoi le Tome 2 plutôt que le Tome 1 ?
Parce que le Tome 1 existe déjà.
Il a servi de laboratoire.
J’y ai appris énormément de choses.
Je sais désormais mieux ce qui me manque.
Et je pense que c’est précisément ce qui rend le Tome 2 pertinent pour une campagne.
Il ne s’agit pas de financer un rêve entièrement abstrait.
Il existe déjà un univers.
Un premier livre.
Une identité.
Des personnages.
Une histoire.
Un site.
Et une suite en construction.
La campagne pourrait donc être pensée comme l’étape suivante de quelque chose qui existe réellement.
Pas comme une promesse sortie de nulle part.
Ce que j’aimerais changer grâce à cette campagne
Je veux progressivement faire entrer davantage de travail professionnel autour de Tellus.
C’est important.
Parce qu’on peut être profondément attaché au « fait maison » et reconnaître en même temps qu’un professionnel apporte une expertise que l’on ne développe pas simplement en regardant trois tutoriels à minuit.
Je pense notamment à l’illustration.
Aux éléments éditoriaux.
Aux finitions.
À tout ce qui permet à un livre indépendant de ne pas donner l’impression qu’il a été condamné à rester amateur simplement parce que son autrice n’avait pas des milliers d’euros disponibles au départ.
Ce n’est pas renoncer à l’indépendance.
C’est exactement l’inverse.
C’est essayer de donner à cette indépendance davantage de moyens.
Et l’argent ?
Je veux que la campagne soit transparente.
Lorsque nous aurons arrêté précisément ce qui sera financé, je veux pouvoir expliquer où part l’argent.
Combien coûte chaque poste.
Combien coûte réellement une contrepartie.
Combien coûte l’expédition.
Quelle part prend la plateforme.
Quelle marge de sécurité est nécessaire.
Et pourquoi l’objectif a été fixé à ce montant.
Le crowdfunding fonctionne sur la confiance.
La confiance ne se décrète pas avec une jolie vidéo.
Elle se construit en montrant ce que l’on fait.
C’est également pour cela que je commence à parler davantage des coulisses de Tellus.
Des réussites.
Mais aussi du travail invisible.
Des erreurs.
Des contraintes.
Des choix.
Si un jour je vous demande de soutenir financièrement le Tome 2, je veux que vous sachiez dans quoi vous entrez.
Ce projet devra rester raisonnable
C’est probablement la partie la moins spectaculaire de mon ambition.
Je ne veux pas promettre quinze éditions différentes, huit catégories de goodies, des coffrets fabriqués sur la Lune et une livraison internationale personnalisée par dragon.
Même si, artistiquement, le dragon se défend.
Une campagne réussie n’est pas celle qui possède la plus longue liste de contreparties.
C’est celle que l’on peut réellement livrer.
Je préfère dix idées bien maîtrisées à trente promesses qui transforment ensuite les mois suivant la campagne en cauchemar logistique.
Le Tome 2 doit rester l’objectif.
Pas devenir l’excuse pour ouvrir accidentellement une usine de porte-clés.
Ce sera aussi un test
Je ne sais pas encore combien de personnes auront envie de suivre Tellus jusque-là.
Et c’est précisément tout l’intérêt.
Une campagne participative donne une réponse très concrète à une question que tous les créateurs indépendants se posent :
Est-ce que ce projet intéresse suffisamment de gens pour franchir une nouvelle étape ?
Si la réponse est oui, nous pourrons aller plus loin.
Si elle est non, il faudra comprendre pourquoi et adapter la suite.
Ce n’est pas agréable à envisager.
Mais je préfère une réalité mesurable à des milliers de vues qui ne disent finalement pas grand-chose.
Une autre manière de continuer une histoire commencée il y a vingt-sept ans
Tellus est né oralement.
Il a été tapé à la machine.
Enregistré sur cassette.
Imprimé.
Envoyé à des éditeurs.
Autoédité.
Retravaillé.
Mis en ligne.
Et aujourd’hui, sa suite pourrait être en partie construite grâce à une communauté de lecteurs.
Je trouve cette évolution assez belle.
Chaque époque du projet a utilisé les outils qu’elle avait.
La machine à écrire de ma grand-mère.
Les cassettes.
Les traitements de texte.
L’impression à la demande.
Les réseaux sociaux.
Et peut-être demain, le financement participatif.
Au fond, la logique n’a pas énormément changé.
J’ai une histoire.
J’essaie de la transmettre.
Il y a vingt-sept ans, elle commençait au bord du lit d’un petit garçon.
Aujourd’hui, elle peut peut-être continuer avec beaucoup plus de monde autour.
Et cette fois, promis, personne n’aura besoin de rembobiner la cassette.
