On dit qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture.
C’est une très belle maxime.
Tout le monde juge les livres à leur couverture.
Moi comprise.
Une couverture est la première promesse faite au lecteur.
Avant le résumé.
Avant la première phrase.
Avant même qu’il sache précisément de quoi parle le roman.
Il voit une image, un titre, une typographie, une ambiance.
Et en quelques secondes, il se construit une idée.
Fantasy épique.
Romance.
Thriller.
Jeunesse.
Science-fiction.
Roman indépendant réalisé dans une chambre avec trois logiciels ouverts simultanément à deux heures du matin.
Cette dernière catégorie est malheureusement très facile à identifier.
Les premières couvertures racontaient aussi mon apprentissage
Tellus existe depuis longtemps.
Son identité visuelle a donc énormément évolué.
C’est normal.
Le roman lui-même changeait.
Mon regard changeait.
Les outils à ma disposition aussi.
Et, surtout, j’apprenais.
Lorsque l’on autoédite avec peu de moyens, on fait souvent soi-même.
Cela signifie apprendre suffisamment de graphisme pour éviter la catastrophe.
Puis suffisamment de mise en page.
Puis suffisamment de photographie.
Puis suffisamment de web.
Puis suffisamment de communication.
Au bout d’un moment, on réalise qu’on voulait simplement écrire un roman et que l’on est maintenant en train de réfléchir à l’écart typographique entre deux lignes d’un quatrième de couverture.
C’est passionnant.
Je crois.
Une bonne couverture ne consiste pas simplement à faire « joli »
Pendant longtemps, j’ai abordé la couverture avec une question très simple :
Est-ce que j’aime cette image ?
Ce n’est pas la bonne question.
Ou plutôt, ce n’est pas la seule.
Une couverture doit être belle, évidemment.
Mais elle doit surtout raconter correctement ce que le lecteur va rencontrer.
Une magnifique couverture qui promet le mauvais livre fait parfaitement son travail graphique et échoue complètement dans son travail éditorial.
C’est là que j’ai dû progressivement changer ma manière de penser.
Tellus avait besoin d’une identité.
Pas seulement d’une illustration.
Une cohérence entre ses visuels.
Son site.
Ses supports.
Les futures publications.
Le ton de la saga.
Tout ce que je n’avais pas forcément les moyens, les compétences ou même la maturité pour construire dans ses premières vies.
Il faut parfois accepter que l’ancienne version n’était pas assez bonne
C’est probablement l’un des exercices les plus difficiles lorsque l’on crée seul.
Parce que chaque ancienne couverture représente du travail.
Des heures.
Des choix.
Des essais.
Des compromis.
Parfois même de la fierté au moment où elle a été réalisée.
Puis le temps passe.
Et on la regarde de nouveau.
Aïe.
Ce qui semblait professionnel quelques années plus tôt ne l’est plus.
Ce qui paraissait spectaculaire semble désormais trop chargé.
Une typographie vieillissante saute soudainement aux yeux.
Une composition révèle ses faiblesses.
Et vient la question redoutable :
Est-ce qu’on recommence ?
À ce stade, deux réactions sont possibles.
La première consiste à protéger son ego.
« Elle est très bien comme ça. »
La deuxième consiste à protéger le projet.
« Elle était bien pour l’époque. Mais je peux faire mieux maintenant. »
J’essaie de choisir la deuxième.
Même lorsqu’elle entraîne beaucoup plus de travail.
La nouvelle identité de Tellus devait assumer davantage ce qu’il est devenu
Le Tellus que je construis aujourd’hui n’est plus présenté comme une tentative.
Je veux qu’il ait la cohérence d’une véritable saga.
Cela passe par les textes.
Mais aussi par l’image.
Le Tome 1 a donc été repris.
La couverture a évolué.
Les mockups également.
Le site a été repensé autour d’une direction artistique plus cohérente.
Et, comme toujours, chaque détail a entraîné approximativement quatre autres détails.
Modifier une couverture implique de remplacer les anciennes représentations du livre.
Puis les visuels produits.
Puis les pages du site.
Puis parfois les miniatures.
Puis les publications prévues.
Une petite décision graphique ressemble rapidement à ces fils que l’on tire sur un vieux pull.
À un moment, on se retrouve avec tout le vêtement dans la main.
Pourquoi consacrer autant de temps à quelque chose qui ne change pas le texte ?
Parce qu’un livre existe également comme objet.
Je suis autrice.
Mais je suis aussi lectrice.
Et j’aime les livres.
J’aime les regarder.
Les toucher.
Voir leurs couvertures alignées.
Reconnaître une série au premier coup d’œil.
Avoir envie d’en prendre un avant même d’avoir lu le résumé.
Ce plaisir existe.
Le nier au motif que seul le texte devrait compter serait assez hypocrite.
La forme ne remplace pas le fond.
Mais elle lui ouvre la porte.
Et pour une autrice indépendante, cette porte est cruciale.
Je n’ai pas des piles de Tellus installées dans toutes les librairies de France.
Je n’ai pas une campagne nationale.
Je n’ai pas des affiches dans le métro.
Très souvent, la couverture doit faire son travail sur un écran de téléphone de quelques centimètres.
Autant lui donner une chance.
Et si je pouvais tout confier à des professionnels ?
Je le ferais pour certaines choses.
Sans hésiter.
C’est également l’une des raisons pour lesquelles je réfléchis aujourd’hui à la manière de financer plus ambitieusement les prochains tomes.
Faire soi-même est une école extraordinaire.
Cela permet de comprendre les métiers.
Leurs difficultés.
Le temps nécessaire.
Et, ironie magnifique, cela apprend surtout pourquoi ces métiers existent.
À force d’essayer de tout faire, on développe une admiration très sincère pour les gens capables de faire parfaitement ce que l’on vient de passer huit heures à faire approximativement.
J’aimerais que la suite puisse bénéficier progressivement de davantage d’interventions professionnelles.
Pas pour retirer mon identité au projet.
Pour lui donner les moyens d’aller plus loin.
Une couverture raconte aussi une époque de notre vie
Je conserve une certaine tendresse pour les anciennes versions.
Même les moins réussies.
Elles racontent quelque chose.
Elles correspondent au Tellus que je pouvais construire à ce moment-là.
Avec mes moyens.
Mes connaissances.
Mes goûts.
Mes erreurs.
Je n’ai donc pas envie de faire semblant qu’elles n’ont jamais existé.
Elles sont les anciennes peaux du projet.
La nouvelle couverture n’efface pas les précédentes.
Elle montre simplement où nous en sommes aujourd’hui.
Et si dans dix ans je la regarde en pensant :
« Seigneur, qu’est-ce que j’avais fait ? »
Ce sera probablement une bonne nouvelle.
Cela voudra dire que j’ai encore appris.
